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Manifestations à Ceuta : la pression s'intensifie sur Sánchez

Les drapeaux espagnols sont régulièrement présents lors des manifestations contre la politique du gouvernement Sánchez. Photo d'archive d'un rassemblement à Madrid en novembre 2023.

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans toute l'Espagne en faveur de Ceuta.

Également dans Alicante, Les élans et Benidorm les lieux étaient bondés. On réclame un renforcement de la protection des frontières, un soutien à Ceuta et des éclaircissements sur le rôle du Maroc. Pour Pedro Sánchez, la crise devient d’autant plus délicate que les critiques ne proviennent plus, depuis longtemps, uniquement du PP et de Vox.

Entre 15 000 et 18 000 personnes à Alicante, environ 7 500 à Elche et plus de 5 000 à Benidorm : les manifestations organisées dans tout le pays en faveur de Ceuta ont également mobilisé des milliers de personnes mercredi sur la Costa Blanca. Outre les drapeaux espagnols et les manifestations de solidarité, on a également entendu en de nombreux endroits des appels à la démission du chef du gouvernement Pedro Sánchez et du ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska.

Plus de 260 villes et communes avaient répondu à l'appel. À Madrid, on a dénombré environ 50 000 participants, et à Ceuta même, environ 20 000. La crise à la frontière nord-africaine de l'Espagne est ainsi définitivement devenue un enjeu politique à l'échelle nationale.

Ce qui reste en suspens après l'arrivée massive à Ceuta

Fin juillet, plus de 70 000 personnes sont arrivées de Maroc à Ceuta en l'espace de deux jours. Plus de 90 % d'entre elles seraient désormais rentrées chez elles, a déclaré M. Sánchez jeudi au Parlement. Le gouvernement a mis en place des hébergements supplémentaires et a adopté début septembre un plan d’aide de 309 millions d’euros destiné à la sécurité, aux services publics, à l’aide humanitaire et à l’économie de Ceuta.

La question de savoir comment ce mouvement de masse exceptionnel a vu le jour reste politiquement sensible. Un rapport du Centro Nacional de Inmigración y Fronteras décrit cette action comme ayant été planifiée et fait également référence au comportement des forces de sécurité marocaines. Certains éléments indiquent notamment que certains agents auraient guidé des migrants vers la frontière. Le rapport ne fournit toutefois aucune preuve solide permettant d'affirmer que le gouvernement de Rabat a ordonné cette action.

Ce que réclament les manifestants

Les manifestations portent principalement sur un renforcement de la sécurité aux frontières, une augmentation des effectifs et des moyens techniques de la police et de la Garde civile, un soutien supplémentaire à Ceuta, ainsi que des renvois conformes à la loi des personnes sans droit de séjour. Une implication accrue de l'Union européenne est également réclamée.

À Elche, le manifeste rejetait expressément toute forme de racisme et de haine. Dans le même temps, de nombreuses manifestations avaient un caractère clairement critique à l'égard du gouvernement. Le PSOE et Compromís n'ont donc pas participé, par exemple, au rassemblement d'Elche ; ils ont estimé que cet événement avait une connotation trop partisane.

Sánchez réaffirme son engagement en faveur de la coopération avec le Maroc

Lors de sa déclaration très attendue devant le Congreso de los Diputados jeudi, Sánchez a réaffirmé sa position principale : il n'existe pour l'instant aucune preuve solide indiquant que le gouvernement marocain ait planifié ou organisé cet afflux massif. Si de telles preuves venaient à être présentées, l'Espagne réagirait de manière ferme.

Dans le même temps, Sánchez a annoncé des mesures. Les mécanismes d'alerte et de coordination doivent être réexaminés et tous les rapports dont dispose le gouvernement concernant les jours qui ont précédé le 30 juillet doivent être rendus publics. Sánchez a également déclaré qu'aucun service de renseignement n'avait prévu l'ampleur de ce franchissement de la frontière.

Madrid reste attachée à la coopération stratégique avec le Maroc. Celle-ci doit toutefois être réévaluée à la lumière des événements récents, et la protection de Ceuta et Melilla doit être davantage assurée au niveau européen.

Des critiques émanent également des anciens partenaires de Sánchez

Le chef du PP, Alberto Núñez Feijóo, a exigé la démission de Sánchez au Parlement et reproche au gouvernement d'avoir ignoré les avertissements et d'avoir fait preuve d'une trop grande complaisance envers le Maroc. Vox intensifie encore ses attaques et parle d'un échec du gouvernement dans la protection de la frontière espagnole.

Mais pour Sánchez, c'est la résistance au sein de son propre camp qui revêt une importance politique plus grande. Sumar exige une enquête plus approfondie sur le rôle du Maroc. Du côté d’Izquierda Unida, des voix se sont élevées pour réclamer des sanctions disciplinaires s’il s’avérait que des informations cruciales n’avaient pas été transmises au sein du ministère de l’Intérieur. L'ERC et Podemos ont également ouvertement remis en cause la version donnée jusqu'à présent par Sánchez concernant le Maroc. Le PNV et Junts avaient déjà insisté pour que le chef du gouvernement se présente devant le Congrès plus tôt que prévu initialement.

Que signifie la crise de Ceuta pour Sánchez ?

La crise de Ceuta n'entraîne pas la chute immédiate du gouvernement. Elle touche toutefois Sánchez en plein point sensible : sa coalition ne dispose pas d'une majorité propre au Parlement.

Le PSOE compte actuellement 121 députés, Sumar 26. Au total, cela représente 147 des 350 sièges du Congrès. Une majorité absolue nécessite 176 voix. Sánchez reste donc tributaire, lors des votes importants, du soutien notamment de l'ERC, de Junts, d'EH Bildu et du PNV.

Plus ces partis prennent ensemble leurs distances par rapport à un sujet, plus il devient difficile pour le gouvernement de rassembler des majorités en faveur des lois et d’autres projets essentiels. C’est précisément là que réside la force explosive de la crise de Ceuta : ce n’est pas l’opposition seule qui menace la capacité d’action de Sánchez. Ce qui est déterminant, c'est de savoir si les partis qui ont jusqu'à présent soutenu son gouvernement au Parlement continueront à le faire.

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