À lire les gros titres actuels sur le transport aérien, on pourrait croire que l'Europe est sur le point de connaître un nouveau grand arrêt des vols. Cela semble dramatique, fait les gros titres – mais ne reflète pourtant pas fidèlement la situation. La réalité est la suivante : la guerre avec l’Iran a exercé une pression considérable sur le marché du kérosène en Europe. Reuters avait déjà signalé en mars que le prix du kérosène était passé en peu de temps d’environ 85 à 90 dollars le baril à 150 à 200 dollars. Fin mars, EUROCONTROL a confirmé que les prix moyens du kérosène en Europe étaient ainsi environ deux fois plus élevés qu’au début de l’année.
La pression sur les coûts est donc bien réelle. Mais le marché des matières premières ne se transforme pas automatiquement, du jour au lendemain, en catastrophe d’approvisionnement dans chaque aéroport. C’est précisément là que commence souvent le discours habituel de crise : un problème de marché grave se transforme rapidement en film apocalyptique avec « Boarding Pass ». Pour une analyse objective, il convient donc de se pencher sur les mécanismes réels.
Le point critique réside dans la chaîne d'approvisionnement. Le détroit d'Ormuz est essentiel pour les exportations d'énergie en provenance du Golfe. Si la pression s'y intensifie, cela se répercute sur le marché européen du kérosène. L'UE examine donc actuellement la possibilité d'imposer aux États membres des obligations plus strictes afin de gérer de manière plus ciblée leurs stocks de kérosène, de les surveiller et, en cas de pénurie, de les redistribuer au niveau régional. Il est également prévu de renforcer la surveillance du marché et de créer un observatoire des carburants. Cela montre à quel point Bruxelles prend la situation au sérieux. Mais cela montre aussi que la réaction est jusqu’à présent avant tout préventive, et ne traduit pas une rupture déjà effective.
EUROCONTROL a fait état d'un prix moyen du kérosène de 4,73 dollars le gallon pour le 27 mars et de 4,85 dollars le gallon pour le 10 avril. Les prix restent donc élevés et volatils, mais évoluent sur un marché qui fait l'objet d'une surveillance constante et qui n'avance pas à l'aveuglette.
En Espagne, la situation est jusqu'à présent plus stable que dans d'autres régions d'Europe. Selon les données d’ALA, environ 80 à 85 % du kérosène consommé en Espagne est produit sur le territoire national. El País rapporte par ailleurs qu’Aena a certes considérablement renforcé la surveillance de la situation et collabore plus étroitement avec Cores, Exolum, les compagnies aériennes et les associations professionnelles. Dans le même temps, le message clé en provenance d’Espagne reste remarquablement sobre : l’activité se poursuit normalement, et aucun problème d’approvisionnement aigu n’est actuellement perceptible dans les aéroports espagnols.
C'est là le point crucial pour Alicante et Valence. Ces deux aéroports dépendent du système espagnol, et non d'une situation particulière et isolée. Ainsi, ceux qui laissent entendre que le conflit avec l'Iran se traduirait directement par une pénurie de carburant sur les vols à destination de la Costa Blanca dramatisent davantage la situation qu'ils ne reflètent la réalité. Le problème réside avant tout dans les coûts et l'incertitude du marché, et non dans des réservoirs vides sur la côte méditerranéenne.
Bien sûr, ce conflit n'est pas sans conséquences. Les compagnies aériennes subissent depuis longtemps déjà la hausse des coûts du kérosène. Reuters avait déjà rapporté en mars que plusieurs compagnies aériennes réagissaient à la pression sur les prix. SAS et Air New Zealand ont augmenté leurs tarifs, tandis que d'autres transporteurs ont mis en place des suppléments ou ont adapté leur planification. Le 22 avril, United a ensuite déclaré ouvertement que les prix des billets pourraient augmenter de 15 à 20 % afin de compenser la hausse des coûts du kérosène ; parallèlement, la compagnie avait déjà mis en œuvre plusieurs hausses de prix.
Pour les passagers empruntant des liaisons vers Alicante ou Valence, cela signifie avant tout que la probabilité de voir les billets devenir ponctuellement plus chers augmente. Les périodes de forte demande, les réservations de dernière minute et les liaisons où la concurrence est faible sont particulièrement concernées. En revanche, une hausse générale et immédiate des prix sur toutes les liaisons européennes vers l'Espagne est peu probable. Le marché est en effet trop diversifié et l'offre en Espagne reste pour l'instant trop stable.
En matière de tarifs aériens notamment, on a actuellement tendance à tout réduire à une formule simpliste : guerre = pénurie de kérosène = flambée des prix des billets. Cela fait de l’effet à la lecture, mais ne résiste souvent que partiellement à un examen plus approfondi. Oui, les prix du kérosène ont considérablement augmenté. Oui, les compagnies aériennes réagissent déjà. Oui, l’UE se prépare à d’éventuelles pénuries. Non, cela n’entraîne pas pour l’instant automatiquement une crise immédiate d’approvisionnement en Espagne ni une flambée généralisée des prix sur toutes les liaisons vers Alicante et Valence.
En d'autres termes : le sujet est suffisamment grave pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en faire tout de suite la prochaine alerte catastrophique. Le marché est sous pression. Mais pour l'instant, cela s'arrête là.
La question de savoir si les vols vers la Costa Blanca et la région de Valence vont sensiblement renchérir dépend principalement de trois facteurs : la durée du conflit, l'évolution future des prix du kérosène et la part des surcoûts que les compagnies aériennes répercuteront effectivement sur leurs clients. Tant que l'Espagne maintiendra un approvisionnement relativement stable et que la concurrence sur les liaisons européennes persistera, tout laisse actuellement penser que l'on assistera à des majorations sélectives plutôt qu'à un choc général des prix.
Le conflit avec l'Iran a plongé le transport aérien européen dans une phase délicate en matière de carburant. Les prix du kérosène ont fortement augmenté, les compagnies aériennes réagissent déjà et l'UE envisage des mécanismes de sécurité supplémentaires. Pour l'Espagne, toutefois, la situation actuelle peut se résumer ainsi : vigilance oui, crise d'approvisionnement non. Quiconque suit l'évolution des vols à destination d'Alicante ou de Valence devrait donc s'attendre davantage à un marché nerveux qu'à l'effondrement majeur que certains titres de presse s'empressent déjà de prédire.
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